>> 04.04.2005 // Article VOICI



Pas de retrascription prévue.


>> 03.05 // Article VIRGIN (magazine gratuit Virgin Megasore)



Quand l'amer veille

Retranscription à venir.


>> 25.03.2005 // Article LE VIF (L'express / Belgique)
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Pour la voix de Raphaël

Avec Caravane, le jeune Raphaël inscrit sa fascinante voix nasillarde dans un romantisme sans âge

Raphaël: des chansons plus mystérieuses que lui.
On aimait déjà le Raphaël du précédent album - La Réalité, paru en 2003 -, mais Caravane nous emmène un cran plus loin, au bord du coup de foudre. Passant et repassant les onze titres du disque comme un mantra hexagonal, on laisse la fameuse voix - mélange de vinaigre et de rose - labourer les mélodies jusqu'à l'hypnose. Après dix ou quinze écoutes, on fait un petit break, parce que cela a failli virer à l'obsession. Peut-être parce que l'album a cette qualité rare en langue française: la voix colle aux mélodies, elle s'y fond et se baigne tout entière dans l'accompagnement pimpant d'anciens de la bande à Bowie (Mike Garson, Carlos Alomar).

Raphaël est né dans une famille juive - père russe, mère argentine -, mais on le savait déjà avant qu'il le dise: ses chansons respirent les migrations et les autres parfums du vent, comme le tango, qui scellent les musiques éternellement en fuite. La plage titulaire du disque donne parfaitement le ton: des accords de guitare acoustique emportés par des murmures, un son cristallin déchiré par le larynx de Raphaël, accroché à une métaphysique de la tristesse. "Parce que rien ne peut arriver/Puisqu'il faut qu'il y ait une justice/Je suis né dans cette caravane/Mais nous partons, allez viens." Sur les langueurs de sa candeur, Raphaël construit un spleen bien à lui, celui qu'il traîne depuis que, tout petit, sa mère lui disait:"Il ne faut pas se quitter fâchés, qui sait ce qui peut arriver pendant la nuit." C'est le thème de la deuxième plage, tout empreinte d'harmonica dylanien, enthousiaste sur nos impasses. "Mes parents écoutaient Simon & Garfunkel, Joan Baez, Dylan, Pink Floyd, de la musique classique, Barbara. Ils sont tous les deux avocats, mais j'ai grandi, sans beaucoup de pognon, dans une banlieue parisienne. C'était sympa, on se marrait bien. Je voulais être tennisman (...) mais, assez vite, j'ai été fasciné par la musique des autres: Led Zep, Hendrix, un univers de sensations, de voyages dans le temps. Cela me faisait pleurer."

Doté d'un physique d'ange pasolinien, photographié par Mondino, Raphaël n'a pas l'air de la ramener et ne tisse aucun discours: ses chansons se contentent d'être plus grandes, plus mystérieuses que lui. Même si deux ou trois éléments le sortent d'emblée du lot, dont une complicité avec Gérard Manset (qui signe une chanson) et sa fille, Caroline, devenue son manager.

150000 exemplaires vendus du disque précédent? "Cela reste marginal (sic), tout le monde ne me connaît pas." Chanteur à minettes pour cause de belle gueule ? "Cela ne me culpabilise pas, j'ai le sentiment d'avoir ce que je mérite." Trois morceaux suggèrent néanmoins que les cicatrices ne sont pas forcément loin pour le wonderboy, qui aura 30 ans en novembre. Dans Chanson pour Patrick Dewaere, qu'il aurait voulu interpréter avec un autre fusillé de la vie, Guillaume Depardieu, il bâtit une "ode au romantisme, à la déchirure, à la fragilité. J'ai pensé à Dewaere, Léotard ou Depardieu". Lorsqu'on parle de Schengen, Raphaël Haroche dit: "Je n'ai rien contre les artistes qui s'insurgent, mais ce n'est pas mon cas. Cela dit, je ne comprends pas qu'on puisse interdire un pays à quelqu'un parce qu'il n'a pas le bon passeport. Mon père est venu du Maroc à la fin du protectorat français: pendant longtemps, il a eu peur d'être expulsé de France."

Reste l'insidieusement mélancolique Et dans 150 ans, qui est peut-être la version 2005 du désespoir caustique à la Ferré. Sous bordée d'accordéon slave, accoudé au sous-marin des sentiments, Raphaël repasse le passé au mode du présent. Il n'en reste pas grand-chose: "J'étais avec mon père, il était un peu dans des soucis, dans des emmerdes de la vie de tous les jours, puis il m'a dit:"Dans 150 ans, on n'en aura rien à foutre." Ouais, levons le coude!" Inspiré de François Villon et de La Ballade des pendus, Raphaël nous fout le blues. Et c'est drôlement bon.

PHILLIPPE CORNET

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>> 24.03.2005 // Article de MAD (Supplément Le soir / Belgique)




Raphaël en caravane, sur la route du succès
Le troisième album de Raphaël a tout pour le propulser aux côtés de son ami Calogero.

Son duo avec Jean-Louis Aubert (« Sur la route »), extrait de son deuxième album, a déjà permis au beau jeune homme de goûter au succès. Avec « Caravane », Raphaël Haroche risque bien d'être confirmé parmi les nouveaux interprètes de cette variété flirtant avec la pop.

Raphaël, dont le timbre de voix n'est pas sans se rapprocher de Saez, joue sur un charme indéniable pour livrer des mélodies craquantes à souhait. Et cette fois, comme pour s'excuser d'être un peu infatué, d'avoir une telle légèreté, ses textes prennent une belle ampleur, voire une conscience engagée : Je ne suis pas politisé, nous a avoué Raphaël coiffé de lunettes à peine intellos, je n'ai aucune conscience politique mais bien humaniste. « Schengen » est évidemment une chanson parlant des sans-papiers. « Et dans 150 ans » est inspiré d'un poème de François Villon sur cette idée effrayante selon laquelle les gens qu'on aime sont corruptibles. Ça me fout la pétoche. « Caravane » parle des gens du voyage, c'est un peu le fil conducteur. Oui, disons, que pour les textes de cet album, j'ai eu une petite ambition...

On imagine bien Raphaël rejoindre la cohorte des Enfoirés, dans la lignée des Calogero et Corneille : S'ils me le demandent, j'y cours. En plus, Calogero est un copain. Si j'avais le quart de son succès, je serais très heureux. Comme Cali ou Bénabar... On se connaît tous. Moi je suis le genre à taper sur l'épaule de tout le monde. J'avais d'ailleurs demandé à Miossec, Fersen et Calogero de m'écrire des chansons. Ils m'ont envoyé de très belles choses mais qui ne s'intégraient pas dans l'ensemble. J'aime bien partager mes chansons avec d'autres...

Si l'on excepte le Gérard Manset (qui est comme un père pour lui vu que sa fille est la manager de Raphaël), le jeune chanteur a tout écrit et composé lui-même. Pour l'entourer, il a une fois de plus fait confiance à Jean Lamoot (cfr. Bashung). La liste des musiciens forme un bottin mondain assez impressionnant : Carlos Alomar et Mike Garson du band de Bowie, Adrian Utley (de Portishead), Boom Bass, Albin de la Simone... J'aime beaucoup les musiciens, je fantasme sur ces gens qui m'ont fait rêver quand j'étais petit. Tant que j'ai les moyens de pouvoir faire appel à eux, pourquoi pas. J'aurais aimé aussi avoir ceux qui travaillent avec Bashung et Arno mais ils n'étaient pas libres...

« Chanson pour Patrick Dewaere », que Raphaël est trop jeune pour avoir connu, mérite aussi une petite explication : Pour ce disque, j'étais dans une ambiance particulière, entre deux périodes de la tournée. Je buvais beaucoup, j'avais arrêté de fumer. J'ai dédié cette chanson, qui est une ode à la nuit, à Dewaere car c'est un héros romantique pour moi. J'aime ces artistes à fleur de peau, comme aussi Philippe Léotard ou Guillaume Depardieu, à qui j'ai en vain demandé de bosser avec moi. Ce sont des gens que j'ai envie de serrer dans mes bras. J'aime leur côté dostoïevskien, funambule, un peu cinglé. Moi je suis beaucoup plus sage.

THIERRY COLJON

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>> 12.03.2005 // PHOSPHORE (couv + double page)



(article à venir)

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>> 12.03.2005 // Article de Liberation [lien direct]

Conviant Manset et Dewaere, troisième album du romantique à la voix maladive.
Raphaël, un «Caravane» classe

" revoilà Raphaël. Ceux qui maudissent sa voix maladive et son visage trop pâle continueront de vouloir lui coller des claques. Ceux qui tablent sur l'optimisme candide de ce jeune romantique chantant «c'est bon aujourd'hui d'être en vie» seront ravis. Son troisième album s'intitule Caravane. Jusqu'au dernier moment, il s'appelait Ne partons pas fâchés. Car, enfant, Raphaël entendait sa mère lui dire avant de s'endormir : «Il ne faut pas se quitter fâchés, qui sait ce qui peut arriver durant la nuit.»

Funambule. Des années après, Raphaël s'est souvenu de l'angoissante exhortation. Porté par des élans insomniaques, en plein sevrage tabagique, il en a fait une déclaration de trente-cinq minutes ­ dix chansons et un instrumental structurés sans refrains apparents autour de mélodies qui se sifflent sans effort sur une production de funambule : «Est-ce qu'on va reprendre la route/ Est-ce que nous sommes proches de la nuit [...] Est-ce que je rampe comme un enfant/ Parce que je n'ai plus de chemise/ Et c'est le Bon Dieu qui nous fait/ Et c'est le Bon Dieu qui nous brise.»

Evidemment, cela peut sembler naïf de se révolter contre la destinée, l'inégalité des chances, l'arbitraire des frontières, quand on est issu de milieu favorisé. «Je ne dis pas qu'il faudrait que les riches soient pauvres pour que les choses aillent mieux. Simplement, que la différence ne tient pas à grand-chose, selon qu'on naît à Manille ou dans le VIIe arrondissement de Paris. Je m'interroge sur ce pas-grand-chose qui fait de moi quelqu'un d'autre.»

Avec ses invitations au voyage, ses envies de reconquête, comme «un type qui parle à une fille dans l'espoir de coucher à nouveau avec elle», Caravane est un disque du tutoiement amoureux. Voulant restituer ce sentiment qu'on a parfois de «danser au-dessous du volcan, de sentir monter l'orage sans y être jamais vraiment», Raphaël propose là l'un de ses titres les plus étranges. D'une voix filtrée crasseuse, c'est cette Chanson pour Patrick Dewaere.

Pourtant, pas une fois le nom du comédien suicidé n'y apparaît. «Les artistes nous fascinent pour cette liberté qu'incarnait Dewaere. Mais ç'aurait pu être Chanson pour Guillaume Depardieu, cette histoire de mec qui fait la fête toute la nuit et se fout en l'air le lendemain», dit le jeune homme à la veille de ses 30 ans.

Lancé par le duo Sur la route avec Jean-Louis Aubert, Raphaël a proposé à Guillaume Depardieu de participer à son album. L'intéressé n'a pas donné suite.

Touche latine. En revanche, Gérard Manset, moins mentor qu'éclaireur routard, est à nouveau au rendez-vous, pour une chanson, Peut-être a-t-il rêvé. Le reste, Raphaël l'a composé seul, entre avril et mai 2004. Figurent également un titre refusé par Dani (La Route de nuit) et un autre, Et dans 150 ans, écrit le 15 janvier, avec la Ballade des pendus de Villon et une phrase de son grand-père en tête. «Il me disait souvent : dans cent cinquante ans, on n'en aura rien à cirer, de tes histoires. J'y repense souvent, ça ne te pousse pas à faire du chiffre, mais bon...» D'ailleurs, sa maison de disques ne se prive pas depuis de le charrier à ce sujet...

Caravane est pourtant une production ambitieuse. Après Mike Garson, le légendaire pianiste de David Bowie, sur la Réalité, c'est au tour de Carlos Alomar, vingt-cinq ans de guitare avec le Thin White Duke, des chemises en soie et des bagues plein les doigts, d'orienter la tonalité musicale de cet album. C'est lui, le fils de révérend d'origine portoricaine, qui donne une touche latine à ces chansons de trois accords et deux arpèges de piano, qu'on imagine composées les doigts gelés dans une roulotte.

Au fil des écoutes, des sons étranges, de bandes à l'envers sur des claviers fantômes et des guitares vagabondes, apparaissent. Les mélodies aussi marquent, sur ces textes qui ne la ramènent pas, mais finissent par devenir obsédants. Le disque est court. Par un charme sournois, il se laisse apprivoiser. Comme un bon compagnon de route. "

LUDOVIC PERRIN